Rapports moral et d’orientation

ASSEMBLEE GENERALE DU 18 MAI 2017
RAPPORT MORAL
Les années 2016/2017 que couvre notre AG ont été caractérisées par la
persistance des difficultés sociales, marquées par les conséquences des
grands déséquilibres mondiaux qu’illustrent les mouvements migratoires,
et par les tensions sur les finances publiques.
Durant la période écoulée, l’action associative a de nouveau été mise à contribution pour répondre aux besoins des personnes sans toujours être dotée de moyens suffisants. Nous y reviendrons dans la partie traitant de la situation financière de l’association.
Ce rapport moral est loin de couvrir la totalité des actions menées par les bénévoles et salariés de l’association, qui seront développées dans le rapport d’activité et les comptes rendus des commissions et groupes de travail. Nous nous en tiendrons à quelques points que nous souhaitons mettre en lumière.
L’accueil inconditionnel de toutes les personnes en détresse, quelle que soit leur situation administrative, et la continuité de leur hébergement
Ce principe, inscrit dans le Code de l’Action sociale et des Familles, n’est toujours appliqué que de façon inégale et aléatoire. En témoigne le nombre de personnes qui restent à la rue chaque soir, malgré une capacité d’accueil augmentée cette année encore.
Nous savons qu’il est irréaliste d’exiger le respect de ce principe dans chaque structure d’hébergement prise isolément. C’est pourquoi nous réclamons depuis plusieurs années une étude permettant un état des lieux, une réflexion sur la qualité de l’accueil et de l’accompagnement, et la mise en place de scénarios de  » refondation  » de l’hébergement d’urgence. Nous espérions que la défaillance de l’association Accueil Albert-Thomas le permettrait. Ce ne fut pas le cas, et nous le regrettons. Le rejet de notre proposition a montré combien il est difficile de faire admettre une autre vision de la réalité, et de faire entendre d’autres évidences que celles du « système établi ».
Il nous faut convaincre. Convaincre que l’hébergement d’urgence sous forme d’asile de nuit met, certes, les personnes à l’abri, et est nécessaire en période de grand froid, mais ne leur permet pas de se poser pour
construire un projet d’insertion.
Convaincre que remettre à la rue chaque matin une femme et son enfant, une personne malade ou handicapée, ne respecte pas la dignité des personnes.
Convaincre que les dépenses sociales représentent certes un coût, mais surtout un
investissement qui évite de laisser durablement sur le bord de la route un nombre important de personnes … Tout cela n’allait pas de soi, et nous n’avons pas été entendus. Nous continuerons à défendre cette position conforme à nos valeurs.
Fluidifier l’accès de l’hébergement vers le logement
Des ménages pauvres sont trop souvent contraints de recourir à l’hébergement ou à un habitat précaire faute de solution alternative. L’accès direct au logement suppose de développer l’accompagnement social et d’apporter quelques évolutions aux politiques d’attribution des logements locatifs sociaux. Avec d’autres associations, nous avons voulu ouvrir un débat avec les bailleurs sociaux concernant l’accès des familles endettées au logement social. Des
incompréhensions réciproques firent que cette démarche n’eut pas les résultats escomptés. Si bailleurs sociaux et associations ne s’entendent pas toujours sur les chantiers prioritaires auxquels doit s’atteler la politique de l’habitat, ils doivent néanmoins partager une ambition commune : faire de l’accès et du maintien au logement un levier d’inclusion et de mixité sociale.
Nous espérons pouvoir reprendre ces échanges dans le cadre du PDHLPD (Plan départemental d’hébergement et de logement des personnes défavorisées).
Favoriser l’intégration des réfugiés grâce à un accueil et un
accompagnement respectant la dignité des personnes. Le beau programme que celui de « familles solidaires» ! Réserver une chambre dans sa maison, faire partager des moments de vie familiale pendant plusieurs mois, ce n’est pas un mince engagement, c’est un geste fort de solidarité envers ceux qui ont fui la guerre, les persécutions, c’est aussi une formidable expérience humaine que vive
une dizaine de familles. Familles bénévoles et salariés de l’association accompagnent ces réfugiés sur les différentes étapes de leur chemin vers l’insertion dans le pays où ils ont choisi de vivre.
Nous sommes les seuls dans la Région à avoir relevé ce défi, et nous en sommes fiers même si nous espérions voir se mobiliser d’autres associations. Par ailleurs, cette action n’étant financée qu’en partie par les fonds publics, le conseil d’administration a décidé d’y contribuer sur les fonds propres de l’association.
Favoriser l’accès à la santé des familles en situation de précarité Pour les personnes confrontées à la précarité, l’état de santé n’est pas toujours jugé prioritaire face aux autres difficultés, et il s’aggrave pourtant à cause des conditions de vie difficiles. Un accès facile aux soins est donc indispensable. Depuis de nombreuses années, nous ne parvenons pas à équilibrer financièrement notre cabinet médical. De nombreuses réunions se sont tenues sous la présidence de l’Agence régionale de Santé et de la Ville de Tours, pour chercher des solutions de mutualisation de moyens avec la Permanence d’Accès aux Soins de l’hôpital et le Centre Porte ouverte. Notre association était prête à s’inscrire dans tout projet qui irait dans le sens de l’intérêt du public concerné. Mais faute
de volonté positive des autres participants, nous sommes actuellement dans une impasse.
Pour maintenir cette activité, l’association la finance en partie sur ses fonds propres, mais ne pourra pas le faire durablement.
Prévenir la récidive et préparer la sortie de prison
Depuis février de cette année, salariés du Service d’Accompagnement Prison-Justice et bénévoles notamment de la Petite maison ont initié une nouvelle action en lien, entre autres intervenants, avec le Service pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP). L’association affecte l’une de ses assistantes sociales à cette action innovante et prometteuse, qui consiste, dès le premier jour d’incarcération, à prendre en charge la situation globale du détenu – sur les plans social, médical, familial, etc. – pour déterminer et engager les actions d’accompagnement les plus adaptées. L’objectif est un retour en milieu libre « dans les conditions du droit
commun », qui doit grandement contribuer à la prévention de la récidive. La Fondation de France en a mesuré l’intérêt en acceptant de contribuer au financement de cette action pour une année au minimum. La pérennisation de cette action devrait se réaliser sur d’autre fonds.
Cheminer de l’insertion à l’emploi
Dans ce domaine, soulignons deux programmes dont nous suivrons les résultats avec beaucoup d’intérêt. SEVE (SIAE Entreprises Vers l’Emploi) : L’EAO-CAD fait partie avec l’association Objectif des dix structures retenues pour une expérimentation nationale, dans le but de développer des pratiques de « médiation active » entre les ouvriers des chantiers d’insertion et le monde de l’entreprise.
Il nous faut accentuer le fonctionnement rigoureux et éthique des activités d’insertion par l’activité économique et réussir au mieux l’intégration des personnes. La Maison Digitale : cette action de formation consiste à rendre plus autonomes neuf femmes, très éloignées dumonde du travail, en leur facilitant l’accès au numérique et en les accompagnant dans le retour
vers l’emploi. Les bénévoles qui accompagnent ces stagiaires se sont appuyés sur leurs compétences et leur « pouvoir d’agir » pour co-construire leurs parcours.
Prendre en compte la parole des personnes accueillies.
Mieux connaître les besoins, écouter les ressentis des personnes hébergées et des salariés en insertion, pour améliorer le service rendu et trouver ensemble des réponses adaptées : tel est l’objectif poursuivi par un groupe d’administrateurs qui sont allés à la rencontre des personnes accueillies, munis d’une grille d’entretien. Nous communiquerons sur les résultats et les actions menées dans les prochains mois.
Renforcer nos partenariats.
Nous savons qu’au regard des enjeux, les réponses à la plupart des problèmes ne peuvent être construites par une association isolée, même dotée d’une expérience particulièrement efficace et performante, mais qu’elles doivent s’organiser collectivement à partir d’une analyse fine et dynamique des besoins locaux.
Dans nos précédents écrits, nous avons répété l’importance que revêt pour nous le partenariat. Cette année nous voudrions mettre un coup de projecteur sur quelques partenariats d’action :
 La journée  » Un toit pour tous  » avec SOS-Emmaüs et le collectif Roosevelt,
 La lettre « accès au logement des familles endettées » avec COALIA, SOS-Emmaüs,
Secours catholique, Habitat et Humanisme et UDAF,
 Le projet Garage solidaire avec le Secours catholique,
 Les Journées Nationales Prison avec l’ANVP, GENEPI et la CIMADE,
Mais aussi des partenariats de financement :
Maison digitale avec la fondation Orange,
Garderie à Dolbeau avec la fondation AG2R, le camion du PAS avec la fondation MACIF,
La Prévention de la récidive avec la fondation de France,
Cuisine à l’Epicerie solidaire de Chinon avec la fondation Ferrero, des aménagements à Camus avec le Zonta Club, la peinture à la Chambrerie et à Camus avec la fondation Onet et l’association UnisCité, des vélos électriques pour le service Propreté avec la fondation l’Archipel des Utopies…
Rechercher l’équilibre financier
Deux années de résultats budgétaires positifs ne présumaient pas de l’avenir…Des crédits d’Aide sociale à l’Enfance en baisse, des activités sous-financées, une baisse de résultats dans certains chantiers d’insertion, nous amènent cette année à un déficit. Les finances publiques sont en baisse, les compétences territoriales évoluent du département vers la région, et demain du département vers la métropole…Tout se compose, se décompose, se recompose sans que nous ayons voix au chapitre. Notre seul « privilège » et, au mieux, notre seul objet de maîtrise, est l’équilibre qu’il faut trouver pour préserver la pérennité de certaines activités, en abandonner peut-être d’autres, et démontrer en tous temps notre utilité au service des plus démunis !
Plus que jamais nous avons besoin de l’apport de nos bénévoles et des dons et legs de nos adhérents et sympathisants.
Malgré les incertitudes politiques, notre propos se veut optimiste et nous tenons cette conviction de l’essence même de notre association. Nos équipes, toutes nos équipes bénévoles et salariées représentent une multiplicité de forces vives aptes à gagner les défis et à réussir. Leur créativité et leur adaptabilité sont de nature à entretenir un vrai souffle pour préparer demain.
Pour améliorer l’accueil du public autant que les conditions de travail, le déménagement du Pôle social et médical, ex-CASOUS, est en bonne voie. Et c’est également au nom d’une nécessaire adaptation à la société d’aujourd’hui que le conseil d’administration a impulsé une ample concertation, afin de proposer à l’assemblée générale de doter l’association d’un nouveau nom.
Le plan stratégique 2017-2020 « Conjuguer militantisme et
professionnalisme. Des valeurs aux actes» nous donne le cap.

RAPPORT D’ORIENTATION

L’an dernier, 9 grandes orientations ont été votées par l’AG, elles ont servi de fondations pour l’élaboration du Plan stratégique 2017/2020.
Ce plan s’est construit et consolidé au long de ces derniers mois. Il nous a déjà conduit à concrétiser quelques idées de fond notamment le renforcement de notre culture associative et de nos pratiques, en associant plus étroitement tous ceux qui contribuent à la vie de l’association : adhérents, bénévoles, salariés mais aussi les personnes accueillies, accompagnées ou salariés en insertion.
Ceci conforte également nos orientations quant à la mise en oeuvre plus effective de la transversalité mais aussi nous oblige à une exigence de partage qui peut bousculer les représentations que nous avons du rôle des uns et des autres.
Il nous faut poursuivre dans cette voie, finaliser collectivement un Plan stratégique qui donne sens à nos actions et nous rassemble non seulement autour des valeurs, mais aussi des projets et des actes de l’association.
De façon plus conjoncturelle, nous devons d’ici l’assemblée générale 2018 donner, dans la mesure de nos moyens, le plus de retentissement possible aux événements qui marqueront les 70 ans de l’Entr’Aide Ouvrière. Avec son changement de nom, ces initiatives contribueront à mieux faire connaitre son passé en même temps qu’elles ouvriront des perspectives sur son devenir.

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