« Les oubliés de la société » au centre des Journées nationales Prison

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Publié le 30 Nov 2017 dans Actualités

Les détenus et leurs conditions de vie en maison d’arrêt étaient en effet le sujet central des JNP annuelles. A Tours, le groupe de concertation qui agit dans ce domaine à longueur d’année* avait organisé cette fois encore deux manifestations publiques. Le jeudi 23 novembre d’abord, les militants tenaient un stand boulevard Heurteloup, pour diffuser une information fondée sur leur connaissance du sujet et illustrée par la reconstitution « grandeur nature » d’une cellule de la maison d’arrêt locale.
Puis le 27 à l’hôtel de ville de Tours, le magistrat Serge Portelli, riche de 45 ans de pratique, a fait part de ses convictions devant 80 personnes environ. Il a parlé de son vécu et de sujets sérieux sans se prendre au sérieux, avec une vision à long terme de la justice où l’homme prend toute sa place : « J’ai beaucoup enfermé, surement trop… »

Les détenus ? « Il vaudrait mieux parfois les oublier…Après des événements médiatisés violents, les politiques durcissent souvent le système pénal pour plaire à leur électorat. Les détenus ne représentent pas grand-chose, voire quasiment rien en termes de voix aux élections. On assiste fréquemment à une surenchère sécuritaire lors des campagnes électorales. Les sociétés ont de tout temps cherché à repousser voire à cacher le plus loin possible les délinquants, afin de les faire oublier. L’Australie a été colonisée massivement par des bagnards expulsés d’Angleterre…le bagne de Cayenne pour la France etc.
Il y a une forme de continuité avant, pendant et après la prison. La plupart des détenus étaient déjà oubliés avant d’entrer en prison : très peu instruits, voire illettrés. Ils sont oubliés parce que souvent indigents, avec peu de formation, parfois présentant des troubles psychiques (environ 1/3 des détenus). Ils sont souvent mal accompagnés juridiquement, n’ayant pas les moyens de se payer un avocat. Il y a donc une certaine continuité dans l’oubli de la société à leur encontre… »

Y a-t-il des notes d’espoir ? « La désistance désigne l’arrêt d’un parcours de délinquance ou de criminalité. De fait, l’un des constats les mieux établis en criminologie est que la plupart des délinquants sortent finalement de ce parcours déviant. Avec l’âge, la grande majorité des jeunes hommes découvre d’autres sources de satisfaction : un travail, une petite amie (qui devient parfois leur épouse), voire la naissance d’un enfant et l’achat d’un logement. (http://psychologie-positive.net/spip.php?rubrique25). Les interventions en prison (visiteurs, conseillers, profs, assistants sociaux, aumôniers, écrivains publics) sont importantes. Une parole peut marquer pour longtemps, redonner espoir et contribuer à cette désistance.
Les TIG (travaux d’intérêt général) sont aussi une formidable occasion d’aide à la réinsertion, mais ne sont pas assez nombreux et curieusement leur nombre plafonne faute d’accueillants. Les chantiers passerelles (http://chantiers-passerelles.fr/) proposent d’interpeller, de mobiliser et d’agir pour une justice inclusive : humaine, constructive et ouverte sur la société, au travers des TIG.
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Enfin, à propos de la réforme pénale de 2014 voulue par Mme Taubira, Serge Portelli estime qu' »elle a été fortement dénaturée et rendue inapplicable par le gouvernement de l’époque. Trop proche du sursis avec mise à l’épreuve, la contrainte pénale a été depuis très peu utilisée… »

* Le groupe est constitué de l’Association nationale des Visiteurs de Prison, Entraide et Solidarités, GENEPI et CIMADE.


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