Albert-Thomas : l’Entr’Aide Ouvrière proposait un mieux-disant social

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Publié le 07 mar 2017 dans Actualités

Après la liquidation judiciaire de l’association Accueil Albert-Thomas, le préfet d’Indre-et-Loire a choisi de confier à la Croix-Rouge la gestion de la halte de nuit pour hommes, dans les mêmes conditions qu’avant le dépôt de bilan de l’association. L’EAO-CAD, qui était souvent citée comme la mieux placée pour prendre la relève, n’avait pas souhaité réagir « à chaud ». Elle pense utile, aujourd’hui, de faire connaitre ce qu’était sa proposition, pour que demeurent le débat et la réflexion sur l’hébergement d’urgence.
Le conseil d’administration de l’Entr’Aide Ouvrière signe ainsi le texte suivant :
Nous souhaitons, pour les résidents, que la Croix-Rouge réussisse à maintenir ces 36 places, indispensables dans l’agglomération tourangelle. Mais nous regrettons que l’occasion n’ait pas été saisie de faire évoluer cette situation, qui repose sur un modèle conçu il y a plusieurs dizaines d’années et jamais remis en cause.

Ce modèle consiste à remettre les personnes à la rue chaque matin quel que soit leur état physique, psychique, quels que soient leur âge et leur situation familiale, et les oblige à une recherche quotidienne d’un abri en journée, d’un lieu pour se restaurer le midi, d’un nouvel hébergement pour le soir. Ce modèle dépasse le foyer Albert Thomas, il concerne également le centre Paul-Bert, la Nuitée, et tous les dispositifs hivernaux. Il s’affranchit de la notion de qualité, au nom du principe que « c’est toujours mieux que d’être dans la rue ».

En période de grand froid, l’hébergement d’urgence sous la forme d’asile de nuit permet de mettre les gens à l’abri, mais il ne doit pas être érigé en système. Il ne leur permet pas de se poser pour construire un projet d’insertion. L’inscription journalière précarise l’hébergé, en contradiction avec la notion d’orientation vers une solution adaptée, compte-tenu des délais de plusieurs mois pour être dirigé vers un dispositif d’insertion. En contradiction également avec les orientations de l’État, rappelées en janvier encore par la ministre du Logement au congrès de la FNARS, qui préconisent un mode d’hébergement individuel et permanent.

Par conséquent, et pour s’en tenir à Albert-Thomas, l’EAO-CAD proposait de commencer à améliorer l' »offre », au bénéfice des résidents. Sans accroissement du nombre de places « d’urgence », qui serait pourtant nécessaire, son projet prévoyait de déplacer le lieu d’hébergement tout en le maintenant en centre-ville, et sans surcoût sensible. Mais cela sortait du cadre strict de l’appel à projets, et n’a pas été retenu.

Pourquoi ?
L’Entr’Aide Ouvrière proposait dans l’urgence, mais pour trois mois seulement, la poursuite de l’accueil de nuit, en élargissant toutefois les horaires d’ouverture et en renforçant l’accompagnement.
Dans un deuxième temps, ces 36 places auraient été transférées à son foyer CHERPA, rue du Général-Renault, qui en compte déjà 12 et serait devenu un centre d’hébergement d’urgence de 48 places ouvert jour et nuit. Donc sans remise à la rue chaque matin. Ce transfert permettait d’offrir des chambres à 1 ou 2 lits (actuellement à Albert-Thomas, chambres de 4 personnes, une douche pour 12…) sans réduction du nombre total de places. Simultanément, 29 places d’insertion ou de « stabilisation » du CHERPA auraient été transférées vers le site de la Résidence « Liberté » de Tours nord, que l’EAO-CAD aurait prise en location. Les locaux du foyer Albert-Thomas, appartenant à la Ville, ne peuvent être « humanisés » que par d’importants travaux, s’accompagnant d’une forte réduction du nombre de places. Ce projet proposait de les conserver en les réservant au dispositif hivernal, augmentant ainsi de 36 places la capacité de ce dispositif.

A l’évidence, cette proposition de l’Entr’Aide Ouvrière, conforme à son Projet associatif comme à la politique des gouvernements successifs depuis des années, se serait traduite par une amélioration très sensible et durable des conditions d’hébergement mais aussi d’accompagnement social des résidents. Pourquoi n’a-t-elle pas été retenue ? Qui prendra la responsabilité d’avoir manqué cette occasion d’offrir un mieux-être aux sans-abri ? Nous espérons une réponse, mais quoi qu’il en soit nous continuerons d’y travailler, avec les partenaires disponibles, pour promouvoir une courageuse réorganisation de l’hébergement, contre toutes les formes d’exclusion.

Par ailleurs, indépendamment du foyer, l’EAO-CAD gère désormais les six appartements d’urgence dont la gestion était jusqu’alors assurée par l’association Accueil Albert-Thomas, avec là aussi un objectif d’amélioration pour les occupants.


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