Archives de la catégorie ‘Humeur’

Chez ces gens-là !

Publié le 23 mar 2016 — par Jean-Paul Mercier
Catégories Humeur

Depuis quelques semaines les manifestations de rue et autres meetings se multiplient : paysans, auto-écoles, lycéens, étudiants… Il y a une semaine, manifestation d’un nouveau genre : les nantis, les bourgeois du XVIème s’insurgent contre la construction prochaine, en limite du bois de Boulogne, d’un centre d’hébergement pour sans-abri. En fait, il s’agit d’une réunion qui se voulait d’information, animée par la sous-préfète et un conseiller municipal, qui a tourné au pugilat voire à l’émeute ; après quelques dizaines de minutes le rassemblement a été interrompu pour des raisons de sécurité. Les quelques centaines de résidents du XVIème arrondissement ont cependant pu s’exprimer, voici quelques extraits de leurs vociférations.
Salope ! (à l’attention de la sous-préfète). Escroc ! Fils de pute ! Menteur ! Collabo stalinien ! Salopard ! Caca ! (à l’attention de l’élu municipal). Hidalgo démission ! Ça va mal finir !
Chez ces gens-là Monsieur, on ne cause pas, on insulte !
C’est un nouveau Sangatte qu’on va nous imposer au bois de Boulogne ! Il y aura de l’insécurité, du racisme, des assassinats ! Ca va brûler parce qu’on vient provoquer les gens sur leur territoire ! Les SDF et leurs chiens vont installer leurs tentes ! Les habitants ne pourront plus se promener avec leurs enfants ! On n’est pas en Corée du Nord ! Il y aura beaucoup d’insécurité, notamment pour la gent féminine !
Chez ces gens-là Monsieur, on ne cause pas, on triche !
On veut nous imposer une construction immonde sous nos fenêtres pour nous faire payer notre statut social ! Est-ce que ces gens seront à l’aise dans un quartier où les prix sont élevés ? Les gens du quartier ont dépensé un argent fou pour acheter leur appartement et on va leur mettre des Algéco sous le nez !
Chez ces gens-là Monsieur, on ne cause pas, on compte !
Ajoutons à cela que le député Claude Goasguen, maire du XVIème (L.R) a mis de l’huile sur le feu : Le bois de Boulogne n’est pas une réserve foncière ! Si le centre se fait ce sera un nouveau Sangatte. Je ne veux pas que ce soit une réserve de gens en déshérence !…

Malgré cette hystérie collective, les représentants de la mairie de Paris ont pu s’exprimer (un peu !) au milieu des horions : Le centre d’hébergement d’urgence ne recevra pas de migrants. Il est inacceptable que des personnes continuent à dormir dehors faute de solution d’hébergement. La détermination de la Ville est totale et inentamée ! Le XVIème est le seul arrondissement qui ne dispose pas de structure d’hébergement d’urgence !…
Une brave femme déclarait pour finir qu’ils allaient tous partir pour la Suisse, la Belgique ou le Luxembourg. Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée ! Chargez vite vos grosses berlines avec vos sacs Vuitton et vos valises Hermès pleines de devises et laissez la France aux Français qui ont du cœur, à ceux qui pensent solidarité, entraide.
Une fois de plus l’abbé Pierre, le père Pineau et bien d’autres doivent se retourner dans leur tombe.
Pierre TRINSON

« Merde, v’la l’hiver et ses duretés… »

Publié le 12 jan 2015 — par Jean-Paul Mercier
Catégories Humeur

En décembre, six SDF sont morts de froid dans la rue, et un maire a condamné les bancs sur lesquels certains venaient se reposer pour survivre. On s’apitoie, on proteste, on se lamente ! Je vous livre quelques strophes de Jehan Rictus, véritable poète des gueux, écrites en 1894 et1895.

Merde ! V’là l’hiver et ses dur’tés
V’là le moment de n’pus s’mettre à poils :
V’là qu’ceuss’ qui tiennent la queue d’la poêle
Dans le Midi vont s’carapater !

V’là l’temps ousque jusqu’en Hanovre
Et d’Gibraltar au cap Gris-Nez,
Les Bourgeois, le soir, vont plaind’ les pauvres
Au coin du feu … après dîner !

Et v’là l’temps ousque dans la Presse,
Entre un ou deux lancements d’putains,
On va r’découvrir la détresse,
La purée et les purotains !

Un croqui de Steinlen, contemporain de Jehan Rictus

(Extrait de « L’hiver » dans Les Soliloques du Pauvre.)

En relisant ces vers, on peut se demander si les temps ont bien changé, on compatit, on crie au malheur, on se désole mais on meurt toujours sur nos trottoirs.
Le 1er janvier à Tours, en haut de la rue Nationale, dans un passage entre deux commerces, j’ai rencontré un couple de jeunes couchés sur le pavé. Bien qu’étroitement enlacés, ils avaient froid ; la jeune fille toute souriante, malgré « l’hiver et ses duretés » m’a dit en parlant de son compagnon que c’était une bonne bouillotte. Bien entendu ils avaient appelé le 115, en vain, pas de place. Ils iraient dans la soirée voir la maraude, assurée par la Croix-Rouge ce soir-là, pour obtenir une couverture supplémentaire et sans doute boire une boisson chaude avec les trois sous ramassés dans leur chapeau ; où ont-ils couché ce soir- là ?
L’image de ce beau couple me hante, et les vers de Jehan Rictus résonnent tristement dans ma tête.
Pourtant, moi qui fus élevé il y a plusieurs décennies dans un village tourangeau où vivait un clochard (le père Blaise), un ex bagnard (Petit Louis) et quelques autres marginaux, je n’ai pas souvenir de gens contraints de coucher dehors en plein hiver. Il y avait toujours une place dans une maison, voire dans une grange à l’abri du froid. Pour la nourriture on rajoutait une assiette et on partageait une soupe, un peu de pain et de fromage.
Nous savons tous qu’un bon nombre d’entre nous ne fait pas que « plaindre les pauvres, le soir au coin du feu », mais on vit vraiment une drôle d’époque.
Pierre Trinson

Que la lumière soit !

Publié le 08 déc 2014 — par Jean-Paul Mercier
Catégories Humeur

L’énergie coûte cher. La précarité énergétique, concept nouveau, a émergé lentement en France sans doute parce que les charges ont plus augmenté que les prestations sociales et les salaires. La pauvreté n’est pas seulement affaire d’alimentation ! Il y a ceux qui ne peuvent pas payer leurs factures, ceux qui ont des factures trop élevées et les personnes qui se privent et ne se chauffent pas.
La multiplication des sources d’énergie verte ne va pas simplifier le problème, le coût de cette énergie sera plus élevé que le prix de vente de l’électricité d’origine nucléaire. Malgré tout, le bon sens nous invite à développer ces énergies vertes non polluantes. Ainsi, à Larçay, un projet est en route pour implanter une ferme photovoltaïque sur un terrain de 20 hectares situé sur l’ancien champ de manœuvres de l’armée. Cette ferme couvrirait la consommation électrique de 12.000 personnes. Le terrain est une lande inculte et incultivable. Hélas, certains ont découvert sur cette zone dite « humide et naturelle » des bébêtes protégées : un papillon, l’azuré des mouillères (cousin de l’azuré du serpolet déjà célèbre), un triton crêté, une grenouille agile et quelques autres espèces protégées. Aussitôt, branle-bas de combat, on crie au scandale et on s’oppose à la construction de cette ferme qui entraînerait la destruction d’un écosystème remarquable.
Renseignements pris, la zone dite naturelle est un endroit où des déblais provenant de la construction de l’autoroute et de la ligne du TGV ont été entassés sur plusieurs mètres de hauteur, et où la ville de Tours a épandu des boues dont elle ne savait que faire. Enfin, la construction qui était initialement prévue sur 30 hectares a été réduite à 20 afin que les petites bestioles puissent s’ébattre et se reproduire à leur aise.
Une fois de plus on marche sur la tête ! Avant de lâcher l’azuré des mouillères dans la nature il vaut mieux regarder où l’on met les pieds.

Pierre Trinson

On marche sur la tête !

Publié le 20 oct 2014 — par Jean-Paul Mercier
Catégories Humeur

Nous venons de connaître une série de manifestations de nantis : pilotes, notaires, huissiers, pharmaciens, céréaliers… qui en veulent toujours plus, ou au moins ne rien donner, ne rien perdre. A quand une énorme manifestation de ceux qui n’ont rien : les sans-abri, les sans travail, les sans ressources, les sans protection sociale, les sans famille, les sans culotte, les sans espoir ?

Chaque soir à Tours environ 80 personnes ne peuvent être hébergées et autant viennent au PAS (point accueil solidarité) pour manger un morceau qui sera parfois le seul repas de la journée.

Dans le même temps on apprend qu’à Orléans vient de s’ouvrir un hôtel pour chiens, 700 m² sur un terrain arboré de 3000 m² avec chambres et suites (TV, webcam), salon de toilettage, espace éducation, spa… et cerise sur le gâteau, un café canin animé d’ateliers (La Nouvelle République du 18 octobre page 53).

Je n’ai rien contre les toutous à sa mémère, mais avouez que nous vivons une drôle d’époque.

Pierre Trinson

S’indigner, toujours et encore

Publié le 20 mar 2014 — par Jean-Paul Mercier
Catégories Humeur

La précarité ne cesse d’augmenter. Il faut que nous soyons nombreux à refuser cette « fatalité ». Vœux pieux, espoir vain ? En 2013, 453 personnes sont mortes dans la rue dans l’indifférence quasi -générale, la plus jeune avait un jour, la plus âgée 86 ans. Le collectif « Les morts de la rue » (www.mortsdelarue.org), qui leur rend hommage, pense que la réalité « se situe entre trois et dix fois plus ».
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